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Élevé dans un milieu familial marqué par les souvenirs de la résistance protestante aux XVIIe et XVIIIe siècles, formé à la théologie, Napoléon Peyrat forme très tôt le projet d'une histoire de cette période du Désert qui a suivi la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV et qui est marquée en particulier par la guerre des camisards. Il prend pour cela le temps et la peine d'aller dans les Cévennes reconnaître les lieux du drame, en particulier le Bougès d'où est partie la révolte, et interroger sur place les descendants des derniers témoins, après avoir consulté ouvrages et manuscrits sur le sujet. Il en résulte sa première oeuvre importante : Histoire des pasteurs du Désert depuis la Révocation de l'édit de Nantes jusqu'à la Révolution française, 1685-1789 (1842, deux volumes), où il réhabilite le prophétisme et les camisards cévenols, jusque là déconsidérés même dans les milieux protestants. L'ouvrage connaît un vrai succès et bénéficie d'une traduction anglaise ; ce sera même le livre de chevet de Stevenson au cours de son Voyage avec un âne dans  les Cévennes (1879).

Il retrace également sous forme d'articles l'histoire, plus locale et familière pour lui, du siège du Mas d'Azil sous Louis XIII (1857), et remontant au XVIe siècle Le Colloque de Poissy et les Conférences de Saint-Germain en 1561 (1868). Ces publications ont contribué à dessiner une identité propre aux protestants français, en particulier dans le Midi.

 

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Dédicace. Aux Cévenols.

J'écris l'histoire des pasteurs du Désert depuis la révocation de l'édit de Nantes jusqu'à la révolution française. Agréez-en l'hommage, ô Cévenols ! Cette histoire est la vôtre, vos montagnes en sont le triste théâtre, vos ancêtres les héros infortunés ; toutes ses pages sont remplies de leurs malheurs et de leurs gloires. Fidèles au souvenir de vos aïeux, et cédant à ce mystérieux et sublime instinct qui nous ramène involontairement vers leurs tombeaux, vous consulterez, j'en suis sûr, avec   un pieux intérêt, leur douloureux martyrologe.

Pour moi, j'accomplis, en l'écrivant, un devoir religieux. Les complaintes et les légendes du Désert furent les premiers chants et les seuls récits que j'entendis dès le berceau. Presque enfant encore, je résolus d'en rassembler les débris à demi rongés du temps et des vers et dispersés sur des feuilles volantes, ou dans la mémoire non moins fugitive des vieillards. Je consacrai ma jeunesse à ce labeur austère et filial. Dans cette intention, je visitai les bibliothèques de Paris et du Languedoc, je feuilletai vos archives communales, je recueillis vos traditions populaires, je parcourus le théâtre des événements, le berceau des prophètes, les asiles de la prière, les champs de bataille, et, chargé de documents et de souvenirs, je les coordonne aujourd'hui dans cette chronique générale du Désert, comme un fils pieux rassemble les ossements de ses ancêtres dans un monument expiatoire qu'il leur élève au milieu de la solitude.

 

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La fin du camisard Esprit Séguier

Chemin faisant, le capitaine Poul, qui n'avait pas l'âme tendre, s'avisa de dire à Séguier:

— "Eh bien, malheureux! présentement que je te tiens, après les crimes que tu as faits, comment t'attends-tu d'être traité ?"
— "Comme je t'aurais traité moi-même, si je t'avais pris", répondit le prophète héroïque.

Il comparut devant ses juges avec son air calme et fier. Il ne répondait que par des passages bibliques:

— "Votre nom ?
— Pierre Séguier.
— Pourquoi vous appelle-t-on Esprit ?
— Parce que l'Esprit de Dieu est en moi.
— Votre domicile ?
— Au désert, et bientôt au ciel.
— Demandez pardon au roi !
— Nous n'avons, nous, d'autre roi que l'Eternel.
— N'avez-vous pas au moins remords de vos crimes ?
— Mon âme est un jardin plein d'ombrages et de fontaines."

Il fut condamné à avoir le poignet coupé et à être brûlé vif au Pont-de-Montvert ; Nouvel à être rompu vif à Ladevèze, et Bonnet à être pendu à Saint-André-de-Lancize.

Sur le bûcher (samedi 12 août), le prophète, toujours calme et superbe, disait au peuple: "Frères ! attendez et espérez en l'Eternel ! Le Carmel désolé reverdira, et le Liban solitaire refleurira comme une rose."

 

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le pasteur Napoléon Peyrat

Par Patrick Cabanel

Texte issu du site Camisards.net

Napoléon Peyrat est né en Ariège en 1809. Devenu en 1831 pasteur des Églises réformées, au terme de ses études à la Faculté de théologie alors située à Montauban, il ne prend pas en charge une paroisse, mais s’abandonne, pendant douze ans, à sa seconde passion, l’histoire et la littérature. Ce n’est qu’en 1847 qu’il est consacré au pastorat et s’installe à Saint-Germain-en-Laye, où il fonde quasiment de toutes pièces une paroisse protestante très active. L’histoire reste cependant son exigeante compagne, et lui vaut de n’être jamais tombé dans l’oubli, en dépit de périodes d’éclipse. Peyrat est le type même de l’historien romantique, comme le XIXe siècle en a tant connus : il se passionne pour les rebelles, les hérétiques, les vaincus, et raconte leur épopée dans une langue souvent magnifique, qui reste aujourd’hui l’un de ses attraits. L’historien, du reste, était également poète : il a publié plusieurs recueils, dont certaines pièces, inspirées par la légende de Roland ou les psaumes de la Bible, supportent la comparaison avec bien des œuvres poétiques de son siècle. On pourra s’en persuader en lisant une anthologie récente, les Poèmes pyrénéens, chez Lacour (Nîmes, 1999).

 

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